Approche de la santé des hommes gays et bisexuels
Dans le cadre de sa thèse de doctorat réalisée à l’ULiège, Maxence Ouafik a cherché à améliorer la compréhension de la santé des hommes appartenant à une minorité sexuelle. Pour ce faire, il a analysé les facteurs influençant leur santé et comment ces facteurs interagissent entre eux.
L'intérêt de cette recherche consiste à réinscrire la santé des hommes appartenant à une minorité sexuelle dans le contexte social qui permet l’émergence de problèmes médicaux. L’objectif était également d’élucider les mécanismes par lesquels les différents facteurs identifiés (solitude, estime de soi, dépression, idées et pensées suicidaires, faible soutien social et prise de risque sexuel) se renforçent mutuellement.
Maxence Ouafik s’est servi du concept de « syndémie », issu de l'anthropologie médicale, qui vise à comprendre comment le social produit des problèmes de santé et comment ces problèmes se renforcent mutuellement dans les populations minorisées.
Comparer les vécus des hommes cis et trans
L'originalité de ce travail, outre le cadre théorique, était de s'intéresser à la santé des hommes trans et cis ayant des relations avec d'autres hommes. Maxence Ouafik a donc ainsi pu évaluer les ressemblances et divergences entre un public mixte sur le plan de la modalité de genre (cis versus trans) réuni autour d'une même sexualité minoritaire.
Des constats préoccupants
Ce travail a permis de mettre en évidence les éléments suivants :
- La dépression, les idées et pensées suicidaires, la solitude, la faible estime de soi et la prise de risques sexuels sont fréquents dans ces deux populations. La prévalence de la dépression est de 30% dans l’échantillon global (25% pour les hommes cis et 43% pour les hommes trans) alors que la prévalence chez les hommes belges est de 15%.
- La fréquence des comportements et idées suicidaires est plus élevée chez les hommes trans que chez les hommes cis. 36% des hommes cis avaient pensé au suicide plus d’une fois dans les 12 derniers mois et 70% des hommes trans. 15% d’hommes cis et 47% d'hommes trans de l’échantillon ont effectué au moins une tentative de suicide, contre 3,1% dans la population masculine belge.
- Une faible estime de soi occupe une place centrale dans ce tableau et induit un renforcement mutuel avec la dépression et les idées et pensées suicidaires. Plus ces dernières sont importantes, plus une faible estime de soi renforce les symptômes dépressifs.
Il est important de noter que, même si les prévalences sont élevées, on ne peut pas considérer le public comme intrinsèquement à risque ou considérer que le risque est distribué de manière homogène dans toute la population étudiée.
Vers de meilleures pratiques d’accompagnement
En termes d'application concrète, ce travail suggère l'estime de soi comme piste thérapeutique importante en psychothérapie, laquelle doit être combinée avec une amélioration de l'offre de soin, encore très largement insuffisante, ainsi qu'à des pratiques de pair-aidance en santé mentale (trajectoire de rétablissement qui repose sur une entraide entre personnes ayant vécu les situations subies et/ou faisant encore partie d'un groupe stigmatisé ou minoritaire).
